L’ESRA, école française de cinéma et d’audiovisuel fondée en 1972, a inauguré le 17 octobre 2026 le HEBUST Paris Film Institute (HPFI) à Shijiazhuang, dans la province chinoise du Hebei. Créé avec la Hebei University of Science and Technology, cet établissement ouvre une nouvelle voie de coopération dans la formation aux métiers du cinéma, du son et de l’animation. Sa première promotion réunit 150 étudiants chinois.
Le projet bénéficie d’une autorisation du ministère chinois de l’Éducation, qui encadre son fonctionnement, ses formations et ses diplômes.
Le HPFI s’installe à Shijiazhuang, capitale de la province du Hebei, au sud-ouest de Pékin. L’institut associe les compétences pédagogiques de l’ESRA aux infrastructures et à l’expérience universitaire de son partenaire chinois.
L’initiative avait été annoncée en avril 2026. Sa concrétisation marque une nouvelle étape dans l’internationalisation de l’école française, déjà présente dans plusieurs villes françaises ainsi qu’à Bruxelles et New York.
La cérémonie officielle du 17 octobre a réuni David Azoulay, président de l’ESRA, Benjamin Azoulay, vice-président, et plusieurs représentants de l’université chinoise (Photo)
L’inauguration s’inscrit également dans une dynamique universitaire plus large. Une conférence internationale consacrée aux technologies de l’image s’est tenue sur le campus au cours de la même période, avec la participation de représentants de l’ESRA.
Les étudiants chinois se répartissent dans trois spécialités : la réalisation et les techniques audiovisuelles, l’animation et les métiers du son.
Les formations s’appuient sur les enseignements de l’ESRA, dispensés sur place par des professeurs français. Un apprentissage intensif de l’anglais complète le programme.
Selon le registre des formations internationales du ministère chinois de l’Éducation, les études durent quatre ans. L’autorisation porte sur une capacité totale de 840 étudiants, avec un recrutement prévu de 70 étudiants par spécialité et par an, soit 210 places annuelles autorisées.
Le dispositif de recrutement est approuvé pour la période 2026-2035, et l’autorisation administrative demeure valable jusqu’au 31 décembre 2039.
Le programme prévoit la délivrance de diplômes universitaires chinois ainsi que de diplômes français de l’ESRA, selon les règles applicables aux formations concernées.
Les étudiants peuvent ainsi prétendre, dans le cadre du cursus, au diplôme chinois correspondant et à l’un des trois diplômes français : DESRA pour l’audiovisuel, DESTS pour le son et DESFA pour l’animation. Le registre officiel précise qu’un séjour d’études à l’étranger n’est pas une condition obligatoire pour obtenir le diplôme français.
Cette organisation constitue l’un des principaux intérêts du projet : proposer une formation internationale sans imposer aux étudiants chinois de quitter leur pays.
Le nouvel institut occupe un bâtiment rénové en 2026 et consacré aux enseignements audiovisuels.
Les équipements comprennent deux salles de projection de 180 et 80 places, un studio de motion capture, un plateau de télévision avec régie multicaméra et plusieurs studios d’enregistrement et de postproduction sonore.
L’établissement possède également un studio de mixage certifié Dolby Atmos, une technologie utilisée dans la création de bandes-son immersives pour le cinéma et d’autres productions audiovisuelles.
Ces installations doivent permettre aux étudiants de travailler sur l’ensemble de la fabrication d’un film : préparation, tournage, animation, montage, création sonore et mixage.
Le 21 octobre 2026, chercheurs, enseignants, spécialistes du cinéma et jeunes créateurs y ont abordé les transformations de la production audiovisuelle à l’ère de l’intelligence artificielle.
Les échanges ont notamment porté sur l’animation assistée par IA, les nouveaux procédés de création visuelle et la place du réalisateur dans des productions qui associent intervention humaine et outils génératifs.
Le programme comprenait aussi des manifestations du Future Short Film Festival. Cette édition avait reçu 1 646 courts métrages provenant de plus de 100 établissements, avec une catégorie consacrée aux films créés à l’aide de l’intelligence artificielle.
Le HPFI cherche par ailleurs à développer des relations avec les entreprises du secteur. Le 24 septembre 2026, l’université chinoise annonçait une réunion avec Hebei Baiyue Culture Communication, société active dans la production audiovisuelle, la création numérique et les contenus générés par IA.
Les discussions ont porté sur des stages, des projets professionnels, la création de formations communes et les besoins de recrutement. Il s’agit à ce stade d’une démarche de coopération, et non d’un programme de stages définitivement contractualisé.
La Hebei University of Science and Technology n’a pas attendu cette coopération française pour se faire remarquer dans les festivals internationaux.
En 2022, Li Jiahe, étudiant de son école de cinéma, a remporté le deuxième prix de La Cinef au 75e Festival de Cannes pour son court métrage Di Er (Somewhere).
Produit en 2021, ce film chinois de 23 minutes raconte une soirée improvisée autour de la sortie de prison d’un homme, avant qu’un événement inattendu ne bouleverse les projets des personnages.
Pour le président de l’ESRA, l’enjeu dépasse la formation technique.
David Azoulay insiste sur la richesse de la culture cinématographique chinoise et sur son potentiel de diffusion à l’international.
Il estime que les créations chinoises pourraient gagner davantage de visibilité en Europe au cours des vingt prochaines années et que les étudiants formés dans ce nouvel institut pourront contribuer à cette évolution.
Son ambition rejoint celle des représentants chinois réunis lors de la conférence sur les technologies de l’image : favoriser les échanges artistiques et préparer les futurs professionnels aux évolutions du secteur.
L’ESRA entretient déjà, depuis 2023, des relations avec la Beijing Film Academy, autre établissement majeur de la formation cinématographique chinoise.
Avec le HPFI, cette coopération prend une dimension supplémentaire, puisqu’elle repose désormais sur un cursus conjoint reconnu par les autorités éducatives chinoises.
Le projet intervient dans un contexte où les écoles de cinéma doivent adapter leurs formations à des métiers en transformation : production virtuelle, intelligence artificielle, animation numérique, postproduction et son immersif.
Pour les étudiants chinois, le HPFI donne accès à des méthodes pédagogiques françaises et à une approche internationale des métiers de l’image.
Pour l’ESRA, cette implantation ouvre des perspectives de coopération artistique, pédagogique et professionnelle avec l’industrie audiovisuelle chinoise.
Reste à mesurer, au fil des promotions, les résultats concrets de ce rapprochement : les films produits, les collaborations internationales, la circulation des étudiants et leur insertion dans les métiers du cinéma.
C’est sur ces réalisations que se jugera, à terme, la réussite de cette nouvelle école franco-chinoise.
Avec environ 93 000 écrans, la Chine possède le plus grand parc cinématographique au monde. Malgré un recul de plus de 40 % de son box-office au premier semestre 2026, le marché reste considérable, avec plus de 784 millions d'entrées enregistrées début octobre 2026.
Les productions nationales dominent les salles chinoises. Le succès mondial du film d'animation Ne Zha 2, qui a dépassé les deux milliards de dollars de recettes en 2025, illustre la montée en puissance des studios chinois et leur capacité à rivaliser avec Hollywood.
Le secteur investit dans les nouvelles technologies, notamment l'intelligence artificielle, l'animation numérique et le son immersif. Mais son principal défi reste la conquête du public international : beaucoup de succès chinois demeurent méconnus en Europe.
C'est dans ce contexte que l'ESRA ouvre son école franco-chinoise. Au-delà de la formation technique, le HPFI pourrait favoriser les coproductions et les échanges artistiques, tout en contribuant à une meilleure diffusion du cinéma chinois à l'étranger.
HEBUST Paris Film Institute (HPFI)
ESRA — École supérieure de réalisation audiovisuelle